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Chroniques

Le sel sur la sellette
9 juillet 2010

Les Canadiens consomment deux fois trop de sodium, ce qui engendre de sérieux problèmes de santé. Le gouvernement a donc décidé d’agir.

Par Séverine Galus

Le sel, ou chlorure de sodium, est un minéral composé d’ions de chlore et de sodium. C’est donc le sodium, et non le sel, qui figure sur le tableau de la valeur nutritive des aliments. Selon Santé Canada, la consommation de 1500 mg de sodium par jour favorise le maintien d’une bonne santé. Le problème, c’est que les Canadiens consomment chaque jour en moyenne 3400 mg de sodium, soit plus du double ! La majorité des Canadiens est donc exposée à une élévation de la pression artérielle qui augmente le risque d'accident cardiovasculaire. C’est pourquoi le gouvernement fédéral a décidé de mettre son grain de sel dans nos assiettes pour réduire notre consommation de sodium, et du même coup la pression qu’elle exerce sur le réseau de la santé. Selon Hasan Hutchinson, directeur général du Bureau de la politique et de la promotion en nutrition de Santé Canada, si les Canadiens réduisaient leur consommation quotidienne de 1800 mg de sodium, cela permettrait de sauver 1,38 milliard de dollars par année en soins de santé. La Fondation des maladies du cœur, quant à elle, estime qu’un décès sur sept par accident vasculaire cérébral et un décès sur 11 de maladies cardiaques pourraient être évités si les Canadiens diminuaient leur consommation de sel de moitié. L’industrie alimentaire, qui utilise abondamment le sodium comme agent de conservation ou pour rehausser la saveur des aliments, est directement pointée du doigt. En effet, 70 à 80% du sodium ingéré par les Canadiens proviennent des aliments transformés.

Quelle stratégie ?
En 2007, Ottawa a donc mis sur pied le Groupe de travail sur la réduction du sodium alimentaire afin qu'il élabore, mette en œuvre et assure le suivi d'une stratégie visant à réduire la teneur en sodium de l'alimentation de la population canadienne. Ce groupe de travail, composé de 25 membres provenant de l'industrie de la transformation des aliments et des services alimentaires, d'organisations non gouvernementales centrées sur la santé, du milieu scientifique, de groupes de défense des droits des consommateurs et d'organisations de professionnels de la santé et des représentants du gouvernement, est présidé par Santé Canada. La stratégie détaillée sera dévoilée cet été, mais le Groupe de travail a déjà fait part de son objectif : faire en sorte que les Canadiens ne consomment pas plus de 2 300 mg de sodium par personne et par jour d'ici 2016 (soit la limite maximale tolérable pour que cela ne pose aucun risque d'effets indésirables sur la santé) et pas plus de 1 500 mg d’ici dix ans. Pour ce faire, la stratégie se développerait en trois points : inviter l’industrie agroalimentaire à diminuer volontairement la quantité de sel incorporée aux produits, éduquer et influencer le consommateur dans ses choix, et approfondir la recherche.

Les limites du volontariat

Le gouvernement mise donc sur l’autoréglementation de l’industrie alimentaire pour diminuer la teneur en sodium des aliments transformés. Suzie Pellerin, directrice de la Coalition québécoise sur la problématique du poids, un organisme qui surveille de près la « malbouffe », demeure sceptique quant à cette stratégie d’autoréglementation. « Le gouvernement semble utiliser la même tactique que dans le cas de la diminution des gras trans dans les aliments transformés, estime-t-elle. Le gouvernement avait fixé des cibles que l’industrie était invitée à respecter, sans obligation. Il y a eu des améliorations, sauf dans quelques secteurs tels que la pâtisserie et la boulangerie. » Par ailleurs, Mme Pellerin s’interroge sur les ressources mises à disposition par le gouvernement pour contrôler les nouvelles mesures. « Comment vérifiera-t-on les plats préparés en restauration ? »

Les réactions de l’industrie
Dans le rapport de consultation publié par le Groupe de travail sur la réduction du sodium, les représentants de l’industrie alimentaire conviennent que « la fabrication de produits faibles en sodium est complexe, longue et coûteuse ». Pourtant comme le mentionne Suzie Pellerin, une portion de 100 g de céréales All-Bran de Kellogg contient 861 mg de sodium au Canada, mais seulement 258 mg aux États-Unis. Autre exemple plus marquant : 100 g de céréales Spécial K contiennent 931 mg de sodium dans la version canadienne par rapport à un maigre 4 mg dans la version turque. Suzie Pellerin estime donc que l’industrie est capable de faire un effort, puisque qu’elle le fait au-delà des frontières canadiennes. D’ailleurs certaines entreprises ont commencé à réagir, notamment Campbell qui a réduit de 10 à 25 % la teneur moyenne en sodium de la plupart de ses soupes, suivi par la multinationale Unilever (qui gère notamment les marques Knorr, Lipton, Hellmann’s et Becel) qui annoncé mettre moins de sel dans 22 000 de ses produits. Les consommateurs devront donc bien lire les étiquettes. C’est d’ailleurs le souhait du gouvernement qui veut responsabiliser la population et l’inciter à être plus vigilante à ce sujet. Cependant, Suzie Pellerin met à nouveau son bémol : « Les gens qui comprennent l’étiquetage nutritionnel sont peut nombreux. De plus, différentes études ont démontré que l’impact d’une campagne d’information, ou de sensibilisation, est minime au sein des populations les plus défavorisées. C’est la raison pour laquelle la Coalition québécoise sur la problématique du poids milite pour que l’industrie alimentaire fasse des choix de transformation en faveur de la santé des consommateurs. Ainsi, une saine alimentation serait accessible à tous, et pas qu’à la clientèle la plus informée et la plus éduquée. »

En attendant, les consommateurs les plus avisés ont tout intérêt à faire le choix de produits alimentaires à faible teneur en sodium. Non seulement ils protègeront leur santé, mais l’industrie n’aura d’autre choix que de s’adapter à la demande. Le marché peut lui aussi dicter ses lois !
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