Des journalistes vous informent
Nouvelles
Les offres de carte de crédit : attention !
22 février 2010
Certaines pratiques des émetteurs de cartes de crédit ne se contentent pas d’encourager la consommation, elles poussent en plus à l’endettement. Prudence…
En 2009, selon l’Association des banquiers canadiens, il y avait 68,2 millions de cartes Visa et MasterCard en circulation au Canada. Si cet outil peut se révéler avantageux pour plus de 70 % des ménages canadiens – qui, toujours selon l’ABC, remboursent la totalité du solde de leur carte chaque moi – il en va autrement pour les autres. Quelles pratiques de marketing encouragent les consommateurs à se procurer une ou plusieurs cartes de crédit ? Comportent-elles des pièges ? Dans le cadre d’une recherche effectuée en 2009 grâce au soutien financier d’Industrie Canada, Option consommateurs s’est penché sur la question.
Un bas taux éphémère
Bon nombre d’institutions financières proposent des taux préférentiels de lancement s’appliquant aux transferts de solde. Selon Me Elise Thériault, conseillère juridique à Option consommateurs, ce produit s’adresse aux consommateurs qui possèdent déjà une ou plusieurs cartes de crédit dont le solde est élevé. « On leur offre la possibilité de s’en procurer une nouvelle et d’y transférer les dettes contractées avec les autres cartes. Afin que le transfert de solde paraisse attirant, le taux d’intérêt est très bas, par exemple 1,9 %. »
Cette formule peut se révéler avantageuse si on profite du faible taux d’intérêt pour rembourser plus rapidement et à moindre coût des dettes contractées avec des cartes de crédit dont le taux est plus élevé. « En revanche, ces taux ont une durée limitée, généralement autour de six mois, précise la chercheuse. Après cette période, le taux peut augmenter parfois à un niveau plus élevé que celui dont on bénéficiait avant le transfert de solde. »
Les chèques d’avance de fonds
Une formule onéreuse
De nombreux émetteurs de cartes de crédit offrent la possibilité de tirer des chèques d’avance de fonds. Vous pourriez utiliser ceux-ci pour payer vos créanciers qui n’acceptent pas les cartes de crédit, par exemple le propriétaire de votre logement. Le hic ? « Ces chèques peuvent mener à l’endettement, signale Me Thériault. Leur taux de crédit est souvent plus élevé que celui qui s’applique aux achats effectués à l’aide de la carte de crédit. Sans compter qu’il y a souvent des frais exigés pour l’avance de fonds. »
Qui plus est, selon l’Agence de la consommation en matière financière du Canada, « les émetteurs de cartes de crédit traitent généralement les frais appliqués aux avances de fonds de la même façon que les achats. Si vous ne payez pas entièrement votre solde à échéance, vous pourriez devoir payer des intérêts sur ces frais. » Une pratique contre laquelle Me Thériault s’insurge. « Non contents d’augmenter le taux de crédit en ajoutant des frais d’avance de fonds, les émetteurs de carte facturent des intérêts sur ces sommes. »
Petit paiement = gros frais d’intérêt
Le paiement minimal est la plus petite somme qu’un détenteur de carte doit payer à chaque état de compte afin de respecter ses obligations et de conserver une bonne cote de crédit. « Au cours des deux dernières décennies, cette somme a diminué régulièrement, passant en moyenne de 5 % du solde au début des années 1990 à parfois aussi peu que 2 % en 2008, a observé l’avocate au cours de sa recherche. Ce qui permet d’offrir des limites de crédit plus élevées aux clients. »
Le problème ? De nombreux individus croient, à tort, qu’ils éviteront de verser des intérêts s’ils effectuent consciencieusement le paiement minimal demandé sur leur relevé. Or, des intérêts seront calculés sur la somme totale empruntée, même si elle a été remboursée en partie. À retenir aussi que plus le paiement est bas, plus il faudra du temps pour rembourser la dette.
Allez hop, un petit exemple. Prenons une carte dont le solde est de 1000 $ et le taux d’intérêt de 18 %, et supposons qu’aucun nouvel achat ne sera effectué à l’aide de celle-ci. Dans le cas d’un paiement minimal de 5 %, le consommateur prendrait 5 ans et 9 mois pour rembourser entièrement sa carte et paierait 383 $ d’intérêt. Si le paiement minimal correspondait à 2 %, le consommateur prendrait 19 ans et 3 mois pour rembourser entièrement sa dette et paierait plus de 1930 $ d’intérêt.
Tout un congé !
Selon Me Thériault, des institutions financières offrent également la possibilité de reporter d’un mois la somme minimale qu’il faut verser sur le solde de sa carte de crédit. « Ces congés de paiement sont, la plupart du temps, offerts après les Fêtes, lorsque les comptes de carte de crédit sont le plus élevés et que les autres factures s’empilent. La formule comporte un inconvénient de taille : le congé de paiement n’est pas assorti d’un congé d’intérêt. Le détenteur de carte prendra encore plus de temps à rembourser sa dette. »
Une bonne chose, les ristournes ?
Comme programme de fidélisation, certains émetteurs offrent de l’argent, tout simplement. Cet argent équivaut, la plupart du temps, à un pourcentage des achats effectués avec la carte de crédit au cours de l’année précédente, et il est crédité à l’un des relevés de compte du détenteur de la carte. Le hic ? Le pourcentage de la ristourne est beaucoup plus bas que le taux d’intérêt qui sera appliqué sur les achats non payés. Avant de remplacer sa carte de crédit par une carte offrant une ristourne, mieux vaut s’assurer que le taux de la nouvelle carte n’est pas plus élevé que celui de l’ancienne. Sinon, l’avantage lié à la ristourne pourrait être complètement annulé. Dernière chose à ce propos : certains programmes comportent des frais annuels, ou encore limitent le type de transactions qui donnent droit aux ristournes.